L’enfant indésirable

(Auteur : Jacques Cany, tous droits réservés)
 

2ème épisode

… elle voulait me voir ! Je maudissai cette arrivée inopinée et non désirée qui interrompait ainsi brutalement la conversation que j’avais avec cette petite alsacienne et qui promettait d'être très intéressante. Je faisais déjà dans ma tête des projets de mariage pour plus tard ! J’eus l’impression que c’était la fin du monde et que jamais je ne m’en remettrai. Je pressentais également d'avoir dorénavant beaucoup moins de liberté puisque ma mère était là...

Quelques jours plus tard, des soldats arrivèrent avec des chevaux. Enfin, une attraction ! Tous les gamins allaient au bord de la Vienne pour voir boire les chevaux. Tous voulaient monter dessus ! Ma mère, m’y ayant emmené, fit la connaissance d’un soldat qui lui donna rendez-vous pour le soir. Prétextant faire une petite promenade, elle m’emmena avec elle et nous rencontrâmes évidemment le soldat en question. Pendant que nous étions dans une allée ombragée, elle me demanda de marcher devant eux. Je m'occupais à attraper des vers luisants mais j’avais très bien compris leur manège. Je me retournais de temps en temps et je les vis s’embrasser. Le dimanche suivant, elle m’emmena à Limoges au cinéma. Le même soldat était également de la partie.

Deux jours plus tard, durant la nuit, nous dormions dans le même lit. Nous entendîmes des cris venant de la rue : "Simonne ! Simonne !". C’était Jean !

Je me souvins alors de ce Jean. Un dimanche, elle m’avait emmené chez elle, dans son studio à Paris, rue Bailleul, dans le 1er arrondissement. Elle me l’avait présenté.  Elle m'avait également fait connaître un autre ami, Maurice, un autre dimanche. Elle m’avait demandé ensuite lequel je préférais. Ce Jean avait eu la bonne idée de me faire cadeau d’un livre illustré de Science et Vie. Ce livre, quoiqu'ancien et usagé, m’avait beaucoup plu et c’est donc Jean qui obtînt mon suffrage. Après réflexion, je pense que c’était combiné d’avance et que la demande de ma mère était seulement de pure forme. Donc, ayant reconnu la voix de Jean, elle  se vêtit rapidement et descendit le rejoindre. Elle rentra à l’aube et expliqua à mon grand-père que Jean était l'ami avec lequel elle vivait à Paris. Il était venu à bicyclette car son régiment s’était replié de Sedan et ne se trouvait maintenant qu’à une cinquantaine de kilomètres d'où nous nous trouvions. 

Dans une petite ville de campagne, tout se sait sans avoir besoin de journal local. Dès qu’un nouvel arrivant est aperçu, il est épié. On sait vite où il loge, d’où il vient, quelles sont ses relations familiales éventuelles dans le voisinage, etc. Ma mère n’avait pas échappé à cette règle et les langues avaient marché bon train concernant ses sorties nocturnes, alors qu’elle était encore considérée par tout le monde comme la belle-fille de mes grands-parents. La rumeur leur parvint évidemment aux oreilles. Sa conduite, déjà non conforme aux mœurs des habitants de ce bourg pour une femme célibataire, devenait impensable pour une femme encore mariée (le divorce n‘ayant pas encore été prononcé) et habitant de surcroît chez les parents de son mari. Cela commençait à faire une très mauvaise renommée pour mes grands-parents. Donc, après en avoir discuté ensemble, ceux-ci demandèrent à ma mère de bien vouloir s’en aller voir ses amants ailleurs.

Elle s’en alla donc et j’en fus très satisfait. Je pus continuer à jouer comme auparavant avec mes petits camarades. Malheureusement, je ne revis pas la petite alsacienne… Je fis la connaissance d’une autre petite fille de mon âge avec laquelle je discutais sur le pas de la porte de la maison le soir. C’était sans doute la saison car je tombai également amoureux d’elle. Comme j’étais trop jeune pour savoir lui exprimer mon sentiment et l’embrasser, je lui dis que j’aurais voulu avoir un fusil, la tuer et me supprimer ensuite de façon à rester toujours ensemble au Paradis ! La télévision n’existait pas encore et on ne voyait que rarement des baisers dans les films au cinéma.

Octobre 1940 étant arrivé ainsi que l’armistice,  l’école d’Aixe-sur-Vienne rouvrit ses portes et j’y fus inscrit. J’avais dix ans. J’apprenais très bien car nous avions un bon instituteur qui nous indiquait des tas de moyens mnémotechniques permettant de se rappeler énormément de choses, comme par exemple les conjonctions de coordination "mais ou et donc or ni car " , etc. Il s’appelait Gandois mais nous l’appelions entre nous "caca d’oie".

Comme j’apprenais beaucoup plus vite que les autres, je lisais les livres de classe au-delà de la leçon du jour et, par suite, connaissant déjà ce que l’instituteur allait nous enseigner, je m’ennuyais en classe. Aussi, je commençais à me dissiper. Pour me punir, l’instituteur me distribuait à tour de bras des lignes à copier, comme "je ne dois pas parler pendant la classe" et autres choses du même genre. Je n’en voyais pas la fin. Je pense qu’il aurait été plus judicieux de me mettre dans une classe supérieure car j’avais certainement un QI plus élevé que les autres.

Lorsque la circulation des trains fut rede­venue quasi normale, mes grands-parents déci­dèrent de rentrer à Choisy-le-roi. Il me restait encore 500 lignes à faire mais l’instituteur m’en fit grâce ! Ouf ! Je pensais avoir à les faire à Choisy et à les lui envoyer ensuite.

A cause des bombardements "alliés", l’école des Gondoles où j’allais d’habitude était fermée et tous les élèves de cette école devaient aller à l’école du Parc, à environ 2 km. Ceci, pour des raisons de sécurité, car il n'y avait pas d'abri anti-bombardement dans l'Ecole des Gondoles. Il s'était constitué des clans entre nous, écoliers des Gondoles et les "anciens" de l’école du Parc. Ceux-ci nous considéraient comme des envahisseurs ou même des immigrés comme nous dirions maintenant ! J’étais secrétaire de la bande à "Robquin", du nom de son chef qui habitait dans la même rue que moi, la rue Jean Bouin. Il y avait aussi Noël, le sous-chef qui habitait également la même rue. Nous étions six en tout. En guise de carte d’identité, j’avais distribué des tickets de métro à tous les membres de la bande, dont j'avais soigneusement répertorié les numéros. Nous avions aussi établi des cartes grossières des rues des environs afin de pouvoir nous replier, en cas d’attaque, par des chemins que nous pensions être seuls à connaître. Nous nous battions comme des chiffonniers pendant les récréations et surtout à la sortie.  Nous nous lancions même des cailloux. J’en reçus un tout près de l’œil gauche. Mon grand-père étant allé se plaindre auprès du Directeur, ce der­nier rassembla tous les élèves et nous gratifia d’un petit speech sur la tolérance et la non-violence...

Je crois qu’il n’y a rien de nouveau actuellement. Je pense qu’entre compatriotes habitant des rues différentes, des villes différentes, des départements différents,  ou le même immeuble, il existe et existera toujours des sujets de discorde, jalousie ou autres, je suis personnellement très sceptique sur la viabilité d’une Europe fut-elle des six et encore beaucoup moins avec davantage de membres ! Ainsi, un autre exemple : j’habite maintenant le département des Alpes Maritimes. Eh bien ! la plupart des automobilistes d'ici ne supportent résolument pas les hésitations ou les fausses manœuvres d’un automobiliste originaire d’un autre département et le klaxonnent profusément à l’occasion. Cela se passait de même à Paris, il y a quelques années, avec les anciens banlieusards de la Seine-et-Oise ! 

L’instinct de propriété est naturel et existe aussi bien chez les animaux que chez l’homme et rien ne pourra jamais y changer quelque chose, quelles que soient les bonnes paroles utopiques de certains. Comme dit l’adage "Chassez le naturel, il revient au galop ! ". L’histoire est là pour nous le rappeler à chaque instant. Que ce soient les Palestiniens, les Yougoslaves ou les diverses ethnies africaines, les races ne se mélangent que très rarement. Un jour ou l’autre, les minoritaires se révoltent, parfois pour différences d’opinion, souvent par peur. Il suffit que des marchands d’armes mettent le feu aux poudres en faisant quelques provocations ! Et ils ne s’en privent pas, Dieu merci ! A ce sujet, Dieu y est pour beaucoup ! Que de guerres au nom d’un Dieu, quel qu’il soit, et souvent même si c’est le même ! Allemands contre Juifs, Juifs contre Arabes, Protestants contre Catholiques, Chrétiens contre les autres sectes ! Sans compter toutes les sectes africaines qui s’entretuent entre elles ... Mais ceci est une autre histoire ! D’ailleurs, à mon avis, les sectes sont des religions qui n’ont pas (encore) réussi.

J’accompagnais à l’école mon cousin germain Robert, fils de mon oncle Henri et de ma tante Berthe qui habitaient donc au fond du jardin. Comme il avait sept mois de moins que moi, il était dans la classe en dessous de la mienne. Il était assez pleurnichard et ses camarades de classe le chahutaient assez souvent pour le plaisir de l’entendre crier et pleurer. Lors des récréations, il m’appelait souvent pour venir le défendre.

Le jeudi (alors jour sans école), mes grands-parents me laissaient jouer avec mon cousin dans la propriété et en profitaient pour aller faire des achats à l’Economat de la SNCF (Société Nationale des Chemins de Fer) ; quelques personnes médisantes traduisaient ce sigle par Société Nationale des Colis Fauchés, car beaucoup de ceux-ci n'arrivaient jamais à destination ! Nous jouions aux osselets ou aux billes dans la grande allée de l’entrée. Il leur arriva quelquefois de ne pas être revenus au moment du goûter. Ma tante appelait son fils Robert pour lui donner son "4-heures" et, s’il arrivait que je le suive jusqu’à sa porte, elle me disait alors d’un ton péremptoire : "Va voir chez toi si j’y suis ! ". Je crois qu’elle était très jalouse de moi car j’étais forcément plus gâté par mes grands-parents que son propre fils.

A cette époque, je ne sais pour quelle raison, ma mère s’était fâchée avec sa propre mère et elle interdit donc à mes grands-parents de la recevoir et leur ordonna de lui fermer leur porte afin qu’elle ne puisse pas me voir. Ma grand-mère (la grande Mémé) attaqua ma mère en Justice et obtint le droit de visite légal. Ma mère fut condamnée à un mois de prison avec sursis. Ma grande Mémé vint donc me voir plusieurs fois à l’école pendant les classes avec l’autorisation du Directeur. Elle m’apportait des bonbons, du chocolat, des gâteaux qu’elle avait confectionnés et autres friandises qui me faisaient plaisir.

Fin 1940

L’armistice était signé et la France coupée en deux : le nord occupé par les boches (c’est ainsi que l’on nommait les allemands en ce temps-là) et le sud soit-disant libre. Le coût de la vie ne cessait de croître et mon grand-père demanda alors à ma mère d’augmenter le montant de la pension qu’elle leur versait et qui n’avait jamais été révisé... Celle-ci demanda la réciproque à mon père qui refusa. Il avait refait sa vie avec une fille-mère (on dirait maintenant mère célibataire) alsacienne du nom d’Henriette G. qu’il avait mise enceinte. Celle-ci avait donc déjà une fille du nom de Cécile (qu’on appelait Cilette) que mon père reconnut légalement lors de son mariage à Choisy-le-Roi le 18 décembre 1942.

Ma mère dit à mon grand-père que puisque mon père refusait d’augmenter sa pension alimentaire, elle ne pouvait pas non plus lui verser un centime de plus. Malgré les supplications de ma grand-mère, mon grand-père l’avertit que, dans ces conditions, ils ne pouvaient plus me garder et qu’elle devait donc me reprendre. Elle vivait en ménage avec Jean qui travaillait au journal "Paris-Soir". Ce journal avait décidé de se replier à Lyon et Jean y était donc parti. Ma mère décida donc, bon gré mal gré, de me reprendre et nous partîmes pour Lyon rejoindre Jean.

1940 – LYON

Nous habitions une chambre au premier étage d’un hôtel minable d'une petite rue transversale du Cours de la Liberté, près du Pont de la Guillotière. Je me souviens qu’il y eut une invasion de punaises qui se cachaient derrière les papiers peints et sortaient la nuit pour nous piquer. Il fallut déménager durant quelques jours afin de permettre la désinsectisation de la chambre.

Une voisine avait une chatte qui venait d’avoir des petits et, comme elle avait l’intention de les noyer, nous en avions recueilli un tout noir que mon Parrain avait nommé Rami (diminutif de Raminagrobis). Je jouais beaucoup avec lui. Il s’amusait à me mordre les mains et je le promenais en laisse comme un chien. Je l’emmenais même de temps en temps à vélo perché sur mes épaules jusqu’au Parc de la Tête d’Or. Il n’y avait pas beaucoup de circulation automobile en ce temps-là.

Plus tard, ma mère m’inscrivit au Patro­nage catholique dans les "Cœurs Vaillants". Je de­vins chef d’équipe. Le nom que j’avais donné à mon équipe était "Charcot ". Notre devise était : "Pour­quoi pas ! ". J’allais également au cours de caté­chisme et je fis ma communion privée. J’étais aussi enfant de chœur et j’appris à servir la messe. Lorsqu’il pleuvait, je jouais par terre dans notre chambre avec des crayons de couleur. Je me figu­rais que c’était des avions. Une partie était des avions alliés et les autres des avions boches  et je faisais des combats aériens. Grâce à Dieu (?), les avions alliés avaient toujours le dessus ! La télévision n’existait pas encore et les jeux vidéos encore moins mais rien n’est indispensable et l’imagination des enfants leur permet de remplacer très efficacement n’importe quoi par n’importe quel objet.

Un jour, une dispute éclata entre ma mère et Jean car il était revenu plus tard que d’habitude de son travail et il avait bu passablement avec des collègues de Bureau. Celui-ci repartit en claquant la porte. Il resta absent trois jours. Ma mère pleurait et je n’en menais pas large non plus car je me demandais ce que nous allions devenir vu que ma mère ne travaillait pas. Je nous voyais déjà à la rue sans argent et mendier pour pouvoir manger. Enfin il revint. Je fus un peu trau­matisé et, depuis ce jour-là, je m’arrangeai pour qu’ils soient d’accord contre moi plutôt que d’avoir des disputes entre eux.

Paris-Soir organisa un système de corres­pondance entre les prisonniers de guerre et leur famille en France. Il fallait trier les lettres par numé­ros de stalags et d’oflags. Ma mère fut embauchée pour faire ce travail. Des fois, j’allais la rejoindre et cela m’amusait de l’aider. Nous récupérions des timbres que nous collectionnions.

1941

Nous repartîmes de Lyon et Jean réussit à obtenir de sa mère qu’elle accepte de nous loger dans l’appartement de quatre pièces qu’elle occu­pait seule (elle était veuve) à Fontenay-sous-Bois. Sa mère n’aimait pas tellement la mienne car elle lui reprochait de lui avoir "volé" son fils. Elles finirent par se fâcher et à ne plus se parler du tout. Elles s’évitaient dans l’appartement. La mère de Jean restait presque tout le temps dans sa chambre. Elle n’en sortait que pour faire ses courses ou faire cuire ses repas personnels dans la cuisine.

 Ma mère avait trouvé un travail de dactylo à l’usine de pianos Gaveau et j’allais à l’école libre (catholique) Jeanne d’Arc. J’allais sur mes onze ans. Le midi, je devais faire chauffer mon repas tout seul. Le jeudi, pour éviter que j’aille jouer avec Michel, un petit garçon d’environ 18 mois de moins que moi, qui habitait au cinquième étage, ma mère me laissait une liste pleine de choses à faire : laver la vaisselle, éplucher les légumes, frotter les parquets à la paille de fer, les cirer, essuyer les meubles de la salle à manger Henri II, etc. Je me dépêchais de faire tout ce qu’elle avait demandé et lorsque j’avais fini, je prenais mon petit vélo et j’allais jusqu’à Choisy voir mes grands-parents en cachette car je m’ennuyais beaucoup d’eux. Lorsqu’elle rentrait, elle vérifiait tout méticuleusement et, malgré que j’avais fait de mon mieux, elle trouvait toujours à redire. Elle criait après moi, m’injuriait, me battait, disant que c’était ni fait ni à faire et je devais recommencer. Lorsque Jean rentrait de son travail le soir, elle lui disait que j’étais un feignant et inventait toutes sortes de choses afin de le monter contre moi. A force, il finit par la croire et, changeant d’attitude envers moi, commença également à me traiter durement.

Elle me haïssait. Je ne savais pas quelle en était la raison mais j’ai compris depuis qu’elle voyait en moi son ex-mari et voulait se venger sur moi du mal que celui-ci lui avait soi-disant fait. Elle me montra plusieurs fois une de ses oreilles et me racontait que c’était lui qui la lui avait fendue en la giflant un jour au cours d’une dispute. En agissant de cette manière, son but était de persuader Jean que son ex-mari ne comptait vraiment plus pour elle et, en me maltraitant, elle devait avoir l’impression de lui donner des gages de son amour.

A cette époque, Jean et ma mère décidèrent de me faire baptiser car je n’y étais pas encore. Ce fut fait à l’église Saint-Germain l’Auxerrois, le diocèse du 1er arrondissement de Paris dont le studio qu'elle habitait faisait partie. Monique, une des filles de la gardienne de son immeuble, fut choisie comme Marraine. (Je ne l’ai jamais plus revue !) et Jean  comme Parrain... Cela lui donnait un titre d’autorité sur moi à partir de ce moment-là. Je devais l’appeler dorénavant Parrain. En ce temps-là, les enfants ne devaient pas appeler les grandes personnes par leur prénom. Cela était considéré comme une grave impolitesse. Les jours suivants, ma mère me fit également opérer à l’hôpital Saint-Joseph, d’un phimosis (circoncision) soi-disant nécessaire, quoique personnellement je n'en voyais pas alors l'utilité. Mais tout sert dans la vie, je m'en suis rendu compte plus tard !

Assez imprévoyante et dépensière, il lui manquait toujours quelque chose pour cuisiner et elle m’envoyait souvent au cinquième étage chez son "amie" Suzanne, la mère de Michel, afin de lui demander de lui "prêter" soit une cuillerée d’huile, soit un peu de café, soit du sel, etc. qu’elle ne lui rendait évidemment jamais ! J’étais très gêné d’effectuer cette démarche que je considérais comme une mendicité et j’essuyais chaque fois de la part de Suzanne des réflexions assez désagréables vis-à-vis de ma mère. Evidemment, je ne lui rapportais pas ces propos afin d’éviter des histoires entre elles qui se seraient retournées immanquablement contre moi.

Je travaillais très bien en classe car j’apprenais rapidement avec une grande facilité. Ceci me permettait de connaître la leçon à réciter sans l’avoir lue précédemment, rien qu’en écoutant les premiers interrogés. Evidemment, si j’étais interrogé le premier, cela ne marchait pas !...

A la Pentecôte, je fis ma première communion. Pour régler les frais, elle vendit ma collection de timbres ainsi que mon train électrique, mon funiculaire et d’autres jouets dont quelques-uns avaient appartenus à Jean, mon parrain, et que celui-ci m’avait donné. Elle invita sa mère, mon cousin germain Robert et ses parents, ainsi qu’une cousine de Jean. Suzanne, son mari et Michel ainsi que Colette, sa petite sœur, furent aussi de la Fête. A repas, je me souviens qu'elle avait cuisiné un jambon entier au Madère que j'avais trouvé très bon, compte tenu des restrictions alimentaires que nous subissions encore à cette époque.

En juin, vers la fin de l’année scolaire, je passai le D.E.P.P (Diplôme d’Etudes Primaires Préparatoires). A l’époque, celui-ci était exigé pour le passage en 6ème au Collège. Je pense que c’était pour éviter que des enfants analphabètes aillent encombrer les lycées et collèges, comme cela se fait malheureusement à notre époque. C’était donc une bonne chose ! Je ne comprends pas que l’on oblige des jeunes à aller à l’école jusqu’à 16 ans alors qu’il serait beaucoup plus profitable pour eux et pour la collectivité qu’ils apprennent un métier manuel. Aux dernières nouvelles, il paraît que nos gouvernants ont enfin compris puisqu’ils envisageraient de remettre à 14 ans l’âge de l’apprentissage…

A cet examen, nous étions 12 présentés et je fus le seul reçu !

Pendant les vacances, ma mère m’envoyait cueillir du lierre qui dépassait des clôtures des pavillons longeant le bois de Vincennes. Je devais aussi aller ramasser des marrons d’Inde. C’était pour faire du savon… Un jour, je rencontrai un homme qui s’intéressa à ce que je faisais. Il m’attira dans un fourré du Bois et me fit voir des photos pornographiques tout en tripotant mon sexe et en se masturbant. Je vis sortir son sperme. C’était la première fois que je voyais cela et, une fois rentré à la maison, j’essayais d’en faire autant.

(A suivre – Fin du 2ème épisode)

SUITE : accès au 3ème épisode


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